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16-10-2011

Le collage du fragment coronaire d’une incisive fracturee

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Dr. S. DHAIMY ; Dr. H. EL MERINI ; Dr. I. BENKIRAN ; Pr. A. EL OUAZZANNI

Touchant enfants comme adultes avec des évolutions et des implications différentes, les traumatismes dentaires et/ou alvéolaires sont des lésions fréquentes motivant la consultation d’un praticien, souvent en urgence. [13]
Un traumatisme est un dommage de la structure ou du fonctionnement du corps ou du psychisme. Il peut être du à un agent ou à une force extérieur, de nature physique ou chimique. [1]

L’incisive centrale maxillaire par sa  position, sa forme, sa teinte constitue la pièce maitresse du secteur antérieure est donc du sourire.

Toute atteinte de cette dent soit par un processus carieux, traumatique ou dyschromique présentera sans aucun doute un préjudice esthétique de conséquences  lourdes sur les rapports sociaux affectant même l’estime de soi.

La restauration esthétique et fonctionnelle immédiate constitue une véritable urgence.

Le collage du fragment coronaire apparaît depuis longtemps comme une solution thérapeutique séduisante. Si biologiquement le tissu naturel est très probablement le meilleur matériau de reconstitution, la résistance mécanique et le résultat esthétique doivent être garantis. La fiabilité, en tout cas à moyen terme, de ce type de collage a été démontrée et permet de les classer dans la catégorie des traitements semi-permanents. [5,10,12]

Epidemiologie

La fréquence des traumatismes en denture permanente est de 10 à 35% de la population générale, le pic de survenue chez l’adulte se situe entre 18 et 23 ans.
Les causes des traumatismes dentaires sont multiples et leur type peut varier selon les différentes tranches d’âges. Néanmoins, les étiologies les plus fréquentes se répartissent essentiellement en accidents de circulation (10 à 54% selon les séries), agressions (13 à 48%) et sports (6 à 33%), les accidents domestiques et de travail représentent une part négligeable. [2]
Il existe une forte prévalence masculine, le sexe-ratio va de 2,3 à 2,6 hommes pour une femme, particulièrement pour les dents permanentes.
La prévalence des dents atteintes est maximale pour les incisives centrales maxillaires (53,1 à 79,9%), puis pour les incisives latérales maxillaires (15,7 à 21,1%), les incisives centrales mandibulaires (3,8 à 13,3%), les incisives latérales mandibulaires (4,1 à 7,87%), enfin les canines maxillaires (0,4 à 3,5%). [3]
Les fractures amélo-dentinaires sans et avec effraction pulpaire sont les formes les plus fréquemment observées (respectivement 34,2 à 42,7% et 13,7 à 24,4%). [3],
Les fractures amélo-dentinaires avec effraction pulpaire présente une amputation coronaire plus importante que dans le cas d’une simple fracture amélaire avec un trait de fracture horizontal ou oblique. Elles peuvent être associées à une atteinte du desmodonte.

Signes cliniques

Le patient peut ressentir d’une part une hypersensibilité dentinaire (douleur aux changements de température, aux acides, aux sucres), d’autre part une douleur à la mastication, proportionnelle à la sévérité du traumatisme (plaie desmodontale…)
L’examen radiographique permettra d’apprécier les rapports entre la pulpe et le trait de fracture.
Quelle que soit l’orientation du trait de fracture (horizontale ou oblique), il existe une ouverture de la chambre pulpaire qui fait communiquer celle-ci avec le milieu septique de la cavité buccale entraînant l’infection du parenchyme pulpaire et sa nécrose secondaire par pénétration microbienne. Il apparaît un point hémorragique ou une pulpe largement ouverte selon l’importance de l’exposition. [4]
L’irritation des éléments nerveux entraîne des douleurs intenses, de type de pulpite, au moindre contact.

Cas clinique

> Une jeune  patiente âgée de 19 ans, en état de choc, anxieuse et perturbée, souffrante d’une fracture de l’incisive centrale maxillaire droite s’est  présentée au service de consultation et des urgences au centre de consultation et de traitement dentaire (CCTD) [le 12 mai 2005], avec des lésions de la lèvre supérieure suite à un accident de voie publique.

> Notre premier acte a consisté à rassurer la patiente. L’interrogatoire a révélé que l’accident était survenu 48h auparavant, l'examen clinique a confirmé la fracture de la couronne dentaire oblique avec exposition pulpaire selon la classification des traumatismes des dents antérieures (Andreasen1 ; 1972 , OMS1;1972) [11]

> La palpation, les tests de percussion, et les clichés radiographiques n’ont pas mis en évidence de lésion osseuse, ni de mobilité dentaire.
> Les tests de vitalité effectués sur les dents adjacentes et antagonistes était positifs.
> Tous les éléments de l'examen ont été consignés dans certificat médical initial.

> Plusieurs protocoles ont été proposés pour recoller le fragment d'une dent après fracture coronaire. Notre travail consiste à vous décrire un de ces protocoles.
> Le fragment dentaire coronaire était récupéré dans son intégralité, s'adaptant parfaitement à la structure dentaire restante et peut donc être utilisé comme restauration [5,10,12]

> L’examen radiologique a montré une édification radiculaire achevée, face à l’exposition pulpaire, le traitement canalaire était indiqué. (Photo 6)
> Pendant le temps du traitement canalaire, nous avons  recommandé à la  patiente de conserver ce fragment dentaire dans une solution de sérum physiologique pour empêcher sa déshydratation [6,10],.
> La préparation canalaire est réalisée avec les protaper et l’obturation avec la condensation verticale avec le système B.

> Le recours au tenon en fibres de quartz permet le majorer la rétention, vue la situation du trait de fracture.
> La désobturation était réalisé par des forêts de Gate à la longueur du travail moins 5 mm et par le passage des forêts normalisée afin de préparer le logement pour le fibre de quartz sélectionné. (Photo 8)
> Afin de faciliter l’échappement de l’excès du matériau de collage, nous avons réalisé une fenêtre d’échappement au niveau linguale du fragment fracturé.
> Le collage du fragment avec les structures dentaires résiduelles était réalisé au moyen d'une colle composite dual et du système adhésif qui lui est associé (Variolink II(r) et Excite DSC(r) de chez Vivadent), en appliquant le protocole étape par étape décrit par le fabriquant. La pose de la digue permet au praticien de travailler avec plus de confort et d'optimiser la technique de collage. (Photo 9)

> Le fragment coronaire a été utilisé comme un inlay en céramique, avec la particularité et l'avantage d'être constitué de matériaux endogènes (émail et dentine). La morphologie et l'esthétique sont parfaitement adaptées à l'organe dentaire délabré. L'intégration esthétique et naturelle de la restauration est optimale. (Photo 10,11)

Discussion

Dans notre étude, l’exposition pulpaire était importante en taille et en temps (48H), du fait de l’édification complète de la racine nous avons indiqué une pulpectomie suivie d’une obturation canalaire définitive, il a été montré dans la littérature que dans les expositions de taille pareille avec édification non achevée, la pulpomotie partielle avec un coiffage pulpaire a base de Hydroxide calcium peut être indiquée à condition  d'assurer une hémostase, ce n’est qu’après la fin de l’édification que le traitement définitif peut être entrepris.(19)  
La légère dyschromie constatée le jour du collage du fragment est résolue au bout d’une semaine par hydratation du fragment permettant le retour à la teinte originale avec une meilleure intégration esthétique, ce résultat a était confirmé par de nombreux travaux (Simonsen 1982, Toshihiro and Rintaro 2005, Yucel Yilmaz 2007 ) (14,15,16).
Dans notre cas clinique, le suivi consiste à l’évaluation de l’intégration esthétique par un contrôle visuelle et photographique, de la santé parodontale par les teste de percussion et des contrôle radiographique à la recherche de tout signe de résorption, et le contrôle de l’occlusion afin de détecter les prématurités de contact qui peuvent compromettre la cicatrisation parodontale.
Pour une durée de suivie de 36 mois aucun décollement du fragment n’a survenu, le même résultat a été montré par les travaux de Yucel Yilmaz et coll 2007 et Cengiz et coll. parce que l’usage de résine composite fluide dual permet une meilleure mouillabilité ainsi qu'une polymérisation complète. (16,17,18,19).

Conclusion

Il apparaît pertinent de choisir une solution thérapeutique qui privilégie le renforcement des structures dentaires et leur préservation [7,8,9,10]. La restauration collée forme un ensemble homogène qui répartit au mieux les contraintes et permet de compenser le déficit structural de la dent délabrée. Ce système devrait posséder des propriétés mécaniques très proches de celles de la dentine. Les techniques de restauration collée repoussent plus loin les restaurations prothétiques conventionnelles, qui peuvent rester des solutions ultérieures.

Bibliographie :

1-PERHEENTUPA U., LAUKKANENE P., VEIJOLA J., JOUKAMAA M., JARVELIN M-R., LAITINEN J., OIKARINEN K.
Increased lifetime prevalence of dental trauma is associated with previous non-dental injuries, mental distress and high alcohol consumption. Dental Traumatology, V17, n°1, P10-16, 2001.
2-GASSNER R., BÖSCH R., TULI T., EMSHOFF R.
Prevalence of dental trauma in 6000 patients with facial injuries: implications for prevention. Oral Surg. Oral Med. Oral Pathol. Oral Radiol. Endod., 87, P: 27-33, 1999.
3- BASTONE E., FREER T., Mc NAMARA J.
Epidemiology of dental trauma: a review of the literature. Australian Dental Journal, 45, P : 2-9, 2000.
4-ROBINSON J.J, GIRAUD O., FIESCHI J.M, DOS SANTOS S., TURLOTTE S. Urgences dentaires dans la pratique quotidienne. Encycl . Med. Chir., Odontologie, 6, 23-750-A-10, P : 8, 2001.
5-Farik B, Munksgaard EC, Andreasen JO, Kreiborg S. Adhesive bonding of fragmented anterior teeth, Endod Dent Traumatol 1998 ;14 :119-23. (2) Fortier J.P. Les accidents bucco-dentaires chez l'enfant, Sciences (AFAS) 1997;97-4 : 118-121.
6-GRANDINI S., SAPIO S., FERRARI M. Traitement des fractures coronaires. Réal. Cliniques. 2002, 13 (1) : 17-26.
7-AUSIELLO P., DAVIDSON C.L., CASCONE P., DE GEE A.J., RENGO S. Debonding of adhesively restored deep class II M.O.D. restorations after functional loading. Am. J. Dent., 1999, 12 : 84-88.
8- DIETSCHI D., MAEDER M., HOLZ J. In vitro resistance to fracture of porcelain inlays bonded to tooth. Quintescence Int., 1990, 21 : 823-831.
9-LOPEZ L.M.P., LEIATO J.G.M., DOUGLAS W.H. Effect of a new resin. Inlay/Onlay restorative material on cuspal reinforcement. Quintessence Int., 1991, 22 : 615-622.
10-Emmanuel CASTANY, Bruno PELISSIER UFR d'Odontologie, Université de Montpellier Incisive fracturée  utilisation du fragment comme restauration
11-Robert Charland et  coll, Traumatismes des dents antérieures primaires et permanentes: Classification; Journal dentaire du Québec    Volume 42    Novembre 2005
12-RUSSEL M.D., MASOOD M., CUNNINGHAM L. The behaviour of post-retained core materials supported by coronal tooth structure in vitro. J. Endod., 1997
13-Tardif A., Misino J., Péron J.-M. Traumatismes dentaires et alvéolaires. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris),Stomatologie, 22-067-A-05, 2004, Médecine buccale, 28-500-G-10, 2008.
14-Simonsen RJ. Restoration of a fractured central incisor using original tooth fragment. J Am Dent Assoc 1982;105:646–8.
15-Toshihiro K, Rintaro T. Rehydration of crown fragment 1 year after reattachment: a case report. Dent Traumatol 2005;21:297–300.
16-Yucel Yilmaz, Cigdem Zehir, Ozge Eyuboglu, Nihal Belduz Dental Traumatology 2008; 24: 151–158; doi: 10.1111/j.1600-9657.2007.
17-Cengiz SB, Kocadereli I, Gungor HC, Altay N. Adhesive fragment reattachment after orthodontic extrusion: a case report. Dent Traumatol 2005;21:60–4.
18-Demarco FF, Fay RM, Pinzon LM, Powers JM. Fracture resistance of reattachment coronal fragments influence of different adhesive materials and bevel preparation. Dent Traumatol 2004;20:157–63.
19-Flavio Fernando Demarco, Flavio, Renato Reis de Moura, Sandra, Beatriz Chaves Tarquinio, Fa´bio, Garcia Lima ; Reattachment using a fragment from an extracted tooth to treat complicated coronal fracture; Dental Traumatology 2008; 24: 257–261; doi: 10.1111/j.1600-9657.2007
Dernière modification le Vendredi, 28 Octobre 2011 20:01
Dr. Dhaimy Said

Dr. Dhaimy Said

Docteur en Médecine Dentaire
Certificat d'urgence médicale Fundamental of Basic Life Support for Healthcare Providers.
Diplôme universitaire d’épidémiologie et recherche clinique
Diplôme national de spécialité en odontologie conservatrice
Diplôme universitaire d’implantologie et de chirurgie maxillo-faciale
Diplôme universitaire de pathologie et de chirurgie buccale
Spécialiste en endodontie

Site web: saiddhaimy@yahoo.fr

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